Une rocambolesque journée

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**Pour ce huitième article, je vais vous parler d’un collègue de l’Institut Social de Lille. Un collègue avec qui j’ai partagé beaucoup de choses : la passion pour la formation des travailleurs sociaux, les valeurs de l’Éducation pour Tous et de l’Éducation Populaire mais aussi un licenciement d’une rare brutalité et l’espoir d’une résilience à venir. Plus que cela, nous partagions le fait d’être ce que l’on appelle une minorité visible au sein de la Catho puisque nous sommes tous les deux français d’origine africaine.**

Vous découvrirez que les dirigeants de l’ISL n’hésitent pas à s’attaquer aux cadres de direction qui veulent défendre leurs droits. En l’occurrence, il s’agit de mon directeur de pôle. Par soucis de discrétion numérique, nous le nommerons M.S.

Après le départ du directeur du pôle Animation Insertion, la direction de l’ISL proposa à M.S. de le remplacer. Nous saurons plus tard qu’elle voulait simplement que M.S. prenne cette responsabilité en plus de ses missions de responsable de formation sans pour autant être reconnu dans sa fonction par une valorisation contractuelle. Bref un directeur de pôle gratuit, une charge de travail en plus de sa mission de pilote de dispositif de formation. Et là vous vous dites "Encore ?". Et je vous répondrai simplement que ce blog a encore beaucoup de choses à raconter et que l’utilisation de la métaphore du "Zola moderne" n’est encore une fois pas exagérée. Les dirigeants de la Catho et de l’ISL ne font pas de différence entre les salariés, un cadre de direction peut lui aussi subir le joug d’un management dont l’objectif est clairement la mise au pas et la suppression de toute revendication légitime et digne.

Quelques mois après sa nomination à ce poste, M.S. se verra proposer de façon ferme une mise à disposition à l’Institut de Formation Pédagogique ( IFP : http://www.ifp-npdc.fr/). Cette école fédérée à la Catho se veut être l’équivalent privé du CUEEP et des IUFM de l’enseignement public. Le président de l’Institut Social de Lille, Olivier Tranchant en est d’ailleurs l’un des administrateurs. Un de ses responsables de formation partira soudainement laissant sur le carreau des étudiants en cours de formation. L’IFP demandera à l’ISL de l’aide. Durant 6 mois, M.S. s’occupera donc des formations supérieures de cette écoles (DEJEPS, DESJEPS et Master CISE). Le directeur général de l’ISL proposera à M.S. une mise à disposition à 100%... Incompréhensible puisqu’il venait d’être nommé directeur de pôle. Finalement, il y sera à 50%. Résumons donc : 2 postes à temps complet pour une seule personne et une direction de pôle gratuite. M.S. remettra à flot ces formations sans capitaine depuis de trois mois avec des étudiants désœuvrés dont certains avaient changé de régions pour faire le Master. Le résultat sera étonnant : 100% de réussite aux examens finaux. M.S. recevra même les félicitations de la Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale lors d’une réunion avec d’autres organismes de formation de la région.

Petit aparté : M.S. subissait, comme moi, un traitement différencié (grille non respectée, absence de prime permanente mensuelle etc...), il demandera donc que cela soit rectifié. Il sera agressé verbalement par le directeur général qui l’avait nommé. Après mon intervention syndicale dans un mail envoyé à Olivier Tranchant, président du CA, en copie à l’Inspection du Travail, M.S. sera reçu par ce dernier et Thérèse Lebrun. Il lui sera demandé de changer son comportement sinon l’ISL fermerait ses portes et licencierait l’ensemble des salariés. Belle méthode que nous avons là, tu demandes justice, on te répond avec la menace de perdre ton emploi...

Mais revenons à son intervention à l’IFP. Le directeur Bruno Sebire voudra recruter M.S. qui avait plus que fait ses preuves. La direction de l’ISL ayant changé, c’est la nouvelle directrice Agnès Vinchon qui dira vouloir s’en occuper. M.S. ne manquera de lui rappeler qu’elle a confirmé par courrier les traitements différenciés qu’il subissait. Et là vous vous dites, qu’après Olivier Tranchant qui avait reconnu le même traitement différencié, c’est la directrice générale qui ose signer un document attestant d’une entorse au droit du travail. Mais pourquoi ? Je pense que c’est encore ce sentiment de toute puissance nait d’une absence totale de contrôle. Dans les zones de non-droit, les réfractaires au respect d’autrui n’ont pas de limite sans contre pouvoir. Agnès Vinchon ira très loin. Il dira à M.S. "Soit tu démissionnes pour aller à l’IFP, soit on te licencie pour faute". Le secrétaire général (bras droit administratif et faisant office de DRH) lui remettra une convocation préalable à licenciement (pour faute grave). Il lui expliquera qu’Olivier Tranchant ne veut pas d’une rupture conventionnelle et que s’il n’accepte pas de démissionner, il sera licencié pour faute grave. "Peu importe, on trouvera une raison" insistera le secrétaire général. M.S. leur écrira un courrier pour contester ces méthodes et revendiquer encore une fois la légitimité de sa demande.

Vint le jour de l’entretien préalable qui se transformera en une rocambolesque journée. Étant moi même en congé paternité, M.S. sera assisté par une collègue déléguée du personnel comme le stipule la loi. Durant cet entretien, Agnès Vinchon expliquera à M.S. les raisons de son licenciement pour faute.

Le premier pseudo grief est qu’il n’aurait pas prévenu de l’arrêt d’une formation d’un salarié de son pôle. Sachant que c’est la direction qui gère le plan de formation, ce salarié avait prévenu le prédécesseur d’Agnès Vinchon qu’il ne pouvait pas soutenir son mémoire du fait qu’il avait lancé un [droit d’alerte](http://travail-emploi.gouv.fr/sante-au-travail/acteurs/comite-d-hygiene-de-securite-et-des-conditions-de-travail/qu-est-ce-qu-un-chsct/article/le-chsct-et-le-droit-d-alerte-particulier) durant cette période. Je peux le confirmer puisque ce salarié c’est moi. J’avais en plus d’un Master en continue, ma charge de travail non réduite et mes missions de représentant du personnel, le tout dans un contexte d’audit, de droit d’alerte et d’enquête de l’Inspection du Travail. On surcharge la mule et on lui reproche de ne pas avancer. Bref ce grief était fumeux et ne fera pas long feu.

Le second grief est que M.S. aurait ouvert une formation sans habilitation. Or, au moment de cet évènement, M.S. avait été banni du jour au lendemain du comité de direction et mis à la disposition de l’IFP. C’est d’ailleurs Agnès Vinchon, alors directrice de la Formation Continue qui prendra le relais du pôle Animation-Insertion. Si Agnès Vinchon n’a pas su gérer ce pôle c’est simplement parce qu’elle n’a pas cherché à le gérer. J’en veux pour preuve qu’après le départ de M.S. les réunions de travail ont tout simplement été supprimer. Je n’ai eu de cesse de m’en plaindre par mail. Je n’avais plus de supérieur hiérarchique. Agnès Vinchon dira découvrir l’existence de cette formation 7 mois après alors qu’elle aura rencontré les représentants de la DRJSCS (qui habilitent les formations) plusieurs fois... Bref un autre grief qui tombe à l’eau.

Le même jour à 18h, le secrétaire général voudra reprendre l’entretien mais sans la collègue déléguée du personnel qui l’avait déjà accompagné lors de l’entretien préalable.
Ahhhhhhhhh mais qu’est-ce donc que cela !
On convoque un salarié avec un témoin pour le punir et on veut le reconvoquer sans témoin et sans demande écrite !? Y a de quoi switcher vers la parano. Imaginer l’état dans lequel un salarié peut être quand d’un côté on l’accuse injustement afin de le licencier et que de l’autre on lui demande de revenir sans témoin.
Qu’est ce qui se passe donc dans la tête de ses dirigeants ?
Ne voyaient-ils pas le mal qu’ils faisaient ? Qu’ils portait atteinte à sa santé mentale ?
Il faut savoir que la directrice Agnès Vinchon a été délégué du personnel et a pendant longtemps été militante syndicale. Je n’imagine pas une seconde qu’elle ne savait pas qu’elle abusait de sa position de supérieure hiérarchique. Même chose pour le secrétaire général qui avait en charge l’unité de compétence en Droit social et donc le droit du travail.
La déléguée du personnel insista lourdement et pris la défense de M.S. Par ailleurs, elle attestera de tous ces évènements. Il était hors de question d’aller à cet entretien sans témoin et sans convocation préalable. elle assista donc M.S. une nouvelle fois. Le 2eme entretien se déroula finalement avec sa présence. Et là surprise ! Il lui fut proposé une rupture conventionnelle... Hum... Non vous ne rêvez pas. Après lui avoir tapé dessus psychologiquement, ils lui proposent une alternative au licenciement pour faute... Une rupture conventionnelle non négociable ! Ce à quoi M.S. répondra qu’il leur enverra durant les congés d’été sa contre-proposition.

Les conclusions de cette burlesque journée se feront à la rentrée scolaire. Il est important de rappeler que la déléguée du personnel attestera du changement de positionnement de la direction. Même avec la présence de ce témoin aux prérogatives évidentes, les dirigeants de l’ISL, la direction et le président Olivier Tranchant continueront dans la farce la plus complète. A la rentrée de septembre, le secrétaire général fera mine d’être surpris de voir M.S. dans les locaux de l’école. Il lui dira de rentrer chez lui car un courrier recommandé l’attendait... Ce courrier était, s’il fallait s’en étonner, une lettre de licenciement pour faute.

Se posent donc très logiquement les questions suivantes :

Pourquoi Olivier Tranchant a encore changé d’avis alors qu’une déléguée du personnel était présente lors du premier revirement ?

A-t-il été prévenu de cette rocambolesque journée et de la présence de la déléguée du personnel ?

Y a-t-il eu omission de la part de la direction d’informer la présidence de la cacophonie de cette journée ? Le cas échéant, était-elle volontaire ?

Bruno Sebire qui souhaitait toujours recruter M.S. proposa un protocole d’accord dicté vraisemblablement par Olivier Tranchant. Accrochez-vous ! Après avoir été licencié pour faute, il fut proposé à M.S. une embauche à l’IFP contre son abandon de toute poursuite contre l’ISL. Non vous ne rêvez pas, un potentiel nouvel employeur vous embauche si vous n’attaquez pas votre ancien employeur. (Ces faits sont documentés...)

Tout ceci ne serait certainement pas arrivé si certains dirigeants de la Catho ne réseautaient pas à mauvais escient dans les conseils d’administration des écoles fédérées à l’Institut Catholique de Lille (voir articles précédents). Ici, Olivier Tranchant a joué le rôle principal grâce à sa présence dans les deux conseils d’administration.

Déjà lésé durant de nombreuses années, M.S. a été indignement traité lors de cette rocambolesque journée. Le comble est qu’on lui enlève la possibilité d’intégrer un poste pour lequel il a su montrer ses compétences de façon indiscutable.

Je ne peux m’empêcher de repenser à ce que j’écrivais dans les articles précédents.
Comment peut-on ne pas respecter un être humain alors que l’on a fait le choix de prendre des responsabilités d’une institution séculaire qui se revendique d’une tradition humaniste ?
Comment peut-on de façon arrogante fouler du pied le cadre des valeurs démocratiques qui a été forgé parfois au prix du sang ?
Pourquoi vouloir nuire à des personnes investies qui n’auront cherché qu’à œuvrer à leur niveau pour un monde meilleur ?

Naïvement, j’ose espérer qu’un jour nous aurons la réponse. Celle que j’ai pu imaginer est inconcevable pour toute personne sensée.

**PS :** Certains m’ont demandé pourquoi je mettais quelques extraits de musique écoutée lors de l’écriture de ces articles. La raison peut en être un souhait de partager plus que des déboires mais c’est surement pour mieux faire passer l’amertume de cette lecture. La musique a des qualités insoupçonnées, je pense qu’elle rend le monde meilleur. Pour cet article l’écriture s’est accompagnée, entre autres, des morceaux suivants :

**Massive Attack -Sly** Massive Attack et son chef d’oeuvre Sly, une allégorie de l’Immortel-le sur Terre :

I feel like a thousand years have passed
I’m younger than I used to be
I feel like the world is my home at last
I know everyone that I meet

**Massive Attack - Karmacoma** Un live de Massive Attack qui interprète Karmacoma avec des musiciens hindous. De toute beauté.

**Clan Of Xymox - Stranger**, un groupe phare de la Dark Wave des années 80 avec un de leurs meilleurs titres : Stranger, inspiré de l’œuvre d’Albert Camus "L’étranger". Camus aura beaucoup inspiré les groupes de new-wave, rock gothique comme The Cure.

**Acid Arab - Berberian Wedding**. De l’electro old school version Acid music de Chicago, le tout en mixant des sons traditionnels berbères du Sud du Maroc. Le clip est en fait un court métrage réalisé par Halima Ouardiri & Louise Hémon :

**Orange Blossom - Yazaman** Un autre morceau oriental fait par un groupe nantais qui maitrise la multiculturalité musicale :)

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